dimanche 12 juin 2016

Lettre à la fille que j'étais





Chère ancienne moi,

On ne s’est pas encore rencontrées, et on ne se rencontrera sûrement jamais, à moins qu’un génie fou achète bientôt une DeLorean. On se connait pourtant. En tout cas, moi je te connais. Je me rappelle de toi, toujours un livre dans ton sac, lisant dans le bus et parfois même en marchant. Je me souviens de toi qui as galéré à finir tous tes devoirs, passant tout ton temps libre, déjà assez court, au CDI. Je me souviens de toi timide, triste, complexée. Tu étais jeune et tu aimais lire, tu avais des rêves plein la tête, des rêves d’aventures, d’amours passionnels et de vie parfaite dans une maison avec un gros fauteuil en cuir.

Tu étais douce et inoffensive.

Je sais que tu te sens mal en ce moment. Tu ne te supportes plus, et les moqueries de tes "camarades" ne doivent pas aider. Je ne vais pas te faire croire que tout va brusquement aller mieux. Tu vas te sentir laide, informe, dégoûtante ... puis tu vas apprendre à l'accepter. Si si, je te jure ! Tu vas tout simplement t'accepter, tu vas aller de l'avant, tu n'écouteras plus ce que te disent les autres et t'écouter toi. Tu vas porter des vêtements, pas parce qu'ils camouflent tes hanches, mais parce que tu les aimes. Tu ne te trouveras pas forcément jolie. Je ne me trouve pas jolie du tout. Mais tu vas faire avec. Tu vas reprendre confiance en toi. Tu vas comprendre que si l’on vit pour les autres, on ne vit pas vraiment. Alors tu vas relever la tête, tu vas regarder droit devant toi, et tu vas sourire. Beaucoup de personnes aiment ton sourire, ne le cache pas.

Avant ça, tu vas rencontrer un garçon. Enfin, tu ne vas pas vraiment le rencontrer, tu le connais déjà. Tu ne le connais pas du tout pourtant. Il va te faire mal. Très mal. Tu vas tomber de haut. Enfermée chez toi à clé alors que la sonnerie stridente de l’interphone sonne sans interruption, ta joue brulante et ta vision floue, tu n’arriveras pas à trouver comment la situation a pu dégénérer comme ça. Tu ne vas pas comprendre, et tu ne le voudras pas. Il n’y aura rien à comprendre, à part que tu ne vivais pas.

Bon retour parmi nous, parmi les vivants.

Il t’empêchera d'être heureuse, petit à petit, sans que tu te rendes compte de toute l'emprise qu'il a sur toi. Tu vas te libérer de cette ombre. Tu vas t’en sortir, non sans y laisser un peu de toi, un peu de ton honneur et de ta dignité. Mais tu l’oublieras, quand tu seras prête à affronter le monde des adultes, toute seule.

Je sais que tu ne m'écouteras pas. Tu n’as écouté personne. Toutes les personnes qui avaient vu cette ombre t’avaient demandé de fuir. Tu n’as pas fui. Tu n’as pas vu. Et tu vas perdre, petit à petit, toutes ces personnes que tu aimais. Toutes les personnes qui t'ont conseillé de le fuir, tu les perdras, tu les regretteras, puis tu comprendras, tu comprendras qu'elles n'étaient pas faites pour toi. Elles ne t'auraient pas rendue heureuse. Ça va faire mal ... au début. Tu vas les regretter, mais ne le fais pas. Tu n’es pas toute seule, tu sais ?
Tu vas rencontrer des personnes qui te rendent heureuse. Elles te font rire, elles sont là et te soutiennent. Tu ne leur montres pas forcément comme il le faut, mais tu t'en rendras compte, et tu feras de ton mieux. C'est tout ce qu'on attend de toi, tu sais ? Que tu fasses de ton mieux.
Oh, ma belle, que pourrais-je te conseiller d’autre ? Consacre-toi à tes études ! Tu ne sais pas encore ce que tu veux faire pour l’instant, mais tu trouveras. Le droit va te paraitre bien fade et vide de sens au début, parce que tu seras toi-même fade et vide de sens. Tu seras une coquille vide, sans flamme, sans âme. Mais une fois loin de cette ombre malfaisante qu’il était, elle se rallumera. Tu auras une vie simple, mais tu ne voudras rien de plus. Tu n’as jamais rien voulu de plus qu’une vie simple. Et tu vas découvrir que tu as bien choisi. Tu vas découvrir que le droit était fait pour toi. Tu vas t’épanouir. Les longues soirées de révisions et de rédactions vont te sembler épuisantes, mais tu t’endormiras le sourire aux lèvres. Epuisée et heureuse, je ne vois pas de meilleures façons de s’endormir le soir.
Avant de te quitter, il faut que je te parle de quelqu’un. Il faut que je te parle de lui, pour que tu vois à quel point tu te sentiras bien. Aujourd’hui, tu es avec un garçon. Il a des airs de « bonne nuit les petits », un Nicolas, un nuage et un ours à câliner. Le marchand de sable est venu, assis sur son nuage, et t’a amené ton « Nounours » à toi. Et tu l’aimes, ça je te l’assure. Tu l’aimes comme on aime quand on a 20 ans, d’un amour timide qu’on ose pas vraiment avouer à tout le monde, car à 20 ans, après s’être battue contre une ombre, on aime avec un peu plus de retenue. Mais une fois que l’on aime, on aime. On aime comme on aime quand on est vivant : sans retenue, sans limite, sans avoir besoin de le crier au monde car la seule chose dont tu as besoin, c’est que lui le sache. On aime sans oser le dire trop souvent alors qu’on a envie de le dire tous les jours, tout le temps.
Après tout, tu n’as jamais réussi à faire les choses avec retenue.
Tu ne vas pas comprendre. Tu ne sauras pas ce qu’il peut bien te trouver. Tu ne le sauras peut-être jamais. Ca va te faire peur. Ça te fait peur. Ça me fait peur. Mais c’est ça, donner sa confiance à quelqu’un, non ? Prendre un risque. C’est un très joli risque à courir, le plus beau qui soit. Et tu n’hésiteras pas. Je n’ai pas hésité.
Il va t’apporter beaucoup. Des soirées collés l’un contre l’autre devant la télé, des fausses bouderies, des éclats de rire, des blagues pas drôles mais un peu drôles quand même, des burgers maisons, un ouvreur de pot de confiture, des surnoms débilement mignons et des poutous avant de dormir. Il va t’apporter un sourire constant.
Aujourd’hui, tu es heureuse. Je suis heureuse.

Sois courageuse. Sois sûre de toi et essaie de voir le meilleur dans ce que tu fais. Car même si tu es maladroite, tu es quelqu'un de bien. Ne doute jamais de ça.

On se voit bientôt.
 La nouvelle toi. 

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